Les dernières gouttes de l'encre noire de la démence ont seché. Ses mots, personne ne songerait plus à les effacer, à les détruire à coup d'inepties, plus maintenant. Plus maintenant, qu'il a vogué dans l'incompréhension, que ses Ailes de Géant se sont embrasées au soleil ; son oeuvre coule dans des breuvages opaques, et cette impression d'abandon psychologique l'engloutit jusqu'à en perdre la raison.

    Cette fois, le feu autrefois si vif, si ardent de sa passion rejetait une fumée grisâtre, et la chaleur baissait dangereusement, la température refroidissait au rythme d'une révolution, que seule une âme angélique pourrait sauver. Oh, fatalité! une fois le combat fini, la chute débute... Il était résigné. L'angoisse l'avait quitté, il titubait devant tant de déraison.

    Une vie de gâchée, aux profits des hommes effroyables qui prétendaient se défendre! Un travail anéanti, dont il ne restait que les cendres amères, soufflées aux deux pôles d'une planète en dissolution, qui fondait, fondait devant les promesses! Il était las de contenir sa rage de vivre, sa rage d'expression.

    Il voyait son corps errer dans les souterrains, sombres,  fétides,  sonores, énormes.

    Sa foi cependant était restée intacte, il surmontait l'aporie sans peine, car les obstacles à l'insensé s'était brisés un à un, face à sa détermination irrépressible, qui maintenant cherchait une cuve d'acide, pour y plonger.

    Il se leva et posa sa plume, pour s'avancer devant l'avenir. Tout était prêt. Et l'hésitation, il l'avait oubliée depuis longtemps.


    Le choc fut plus terrible qu'il n'osait l'attendre, la pression de l'impossible resserait son étreinte, fermement, encore et encore. On étouffait son ardeur, son flambeau qui brillait dans le noir était tombé à terre, et l'air le noyait. Il suffoquait, mais un voile se levait, le désespoir d'un ange s'atténuait, une corde libératrice se détendait, le souvenir de ses écrit n'avait plus vraiment d'importance. L'âme était saine.

    Le feu s'était rallumé subitement, dans une autre dimension, où les flamèches montaient au ciel. Les vapeurs noires chargées des effluves d'une mort s'étaient gelées comme une pendaison.

Samedi 22 novembre 2008

Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus