La
montée d'adrénaline commençait à le destabiliser sérieusement, des flots d'appréhension de plus en plus furieux l'envahissaient, ceux qui décimaient la plupart des hommes présents ce
jour-là, d'une force implacable. Devant une faux déjà menaçante au loin, dociles telles des marionnettes en plein spectacle, le condensat bosien atteignait son stade d'ébullition ; silencieux
devant l'angoisse, il n'attendait désormais plus que sa mise au rebut.
Subitement une
émergence se précisa, la terre se préparait à affronter le carnage ; de brefs signaux survenaient, les chuchotements inquiets donnaient un vrai sens à leur désespoir qui tremblait devant
l'offensive proche.
Le hasard avait voulu que le tout dernier jour juste avant la délivrance
survienne une de ces mêlée sanglantes auxquelles ils avaient quasiment pris l'habitude. Contrairement aux apparences, c'était une veine monstrueuse qui leur vivait en dedans, une veine qui avait fait qu'ils soient encore là, ici, à l'instant !
Ils ne se rendaient pas compte ! Une chance impossible sans déjouer les règles, sans lutter intérieurement contre l'iniquité du hasard. Mais aujourd'hui, le hasard trichait, la coïncidence était
vaguement illusoire, et un observateur lucide deviendrait franchement inquiet. Malgré tout, un soupçon de clairvoyance les prennait, vaguement, alors que leur cerveau avait été brassé
jusqu'à l'hippocampe.
Comment
appelle-t-on donc cette situation où les prémonitions prennent tout leur sens ? Cette situation, où le peu de l'état de conscience maximal qui vit en nous se manifeste, retentit d'une alarme
insensible, un avertissement presque muet simplement pour nous faire renoncer, nous faire abandonner n'importe quoi, à n'importe quel prix, uniquement pour faire durer encore un petit peu plus
l'existence, le privilège... ? Ce point trop élevé où la subtilité prend des allures d'incohérence, quand la confusion amalgame les petits relents rarissimes du subconscient avec l'insensé, alors
que c'est justement ce genre de symptôme microscopique des mécanismes obscurs de notre noyau hémisphèré qui sont à eux seuls toute une raison ! Si leur conscience pouvait parler, elle hurlerait
de rage. Et leurs entrailles engloutissaient ce siganl dément, semblant inexistant aux yeux de tous, alors qu'eux, ils étaient bien là, ici et maintenant, faits de chair, d'os et d'on ne savait
quoi encore, devant l'affront final, devant une telle rationnalité en apparence !
L'aiguille de
l'espérance tendait vers 0. Les grands magnétismes cosmiques cessaient d'opérer, l'horloge fatale tournait dans le sens antihoraire. Quelques secondes... ils n'oubliaient pas, n'oublieraient
plus. Ils appréçiaient.
Une minute plus tard, l'assaut avait été donné, les fusils s'étaient levés à l'entente du signal bien réel pour leur tympans, leur sens tellement fiable. La première
vague de poilus s'était petit à petit effondrée dans la boue humide,
si vite que l'ultime soupir en avait été oublié ; les mitrailleuses allemandes, impitoyables, ne leur avait même pas laissé l'ombre d'une chance, d'un espoir.
La brutalisation englobait l'air ambiant, chargé de meurtres insondables. Une mare de sang indélébile impregnait la terre, pour
l'éternité.
Vendredi 19 septembre 2008
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