J'ai voulu ici faire un style simple mais le plus représentatif possible, sans trop de frivolités, l'heure n'était pas vraiment aux métaphores. Quoi que.

    Il sentait surtout ce froid glacial qui circulait dans le cloaque de ses veines, et son coeur qu'il entendait aussi fort qu'un moteur de cargot semblait battre au rythme d'un métronome réglé sur Prestissimo. Son corps entier exsudait d'une sueur d'appréhension, sa main droite, d'artiste, était totalement trempée, sa peau humidifiée le brûlait. Là, à ce moment précis, il aurait souhaité que ça, tout ça, se fasse autrement.
    Ses souvenirs de l'extérieur lui revenaient un à un, son existence cloisonnée entre quatre murs ou sous une voûte trop sombre, à présent rien ne lui laissait vraiment penser qu'un jour il avait été heureux. Ce qu'il avait enduré jusqu'ici dépassait sa limite d'acceptation, et quelque chose lui glissait à l'oreille qu'il était foutu, qu'il faisait partie de ceux qu'on jetait à la casse, et qu'on écrasait. Il sombrait dans un monde d'oubli, qu'il ne comprenait pas. Il n'avait jamais aimé et il regrettait, où était passée sa passion, maintenant finie ?
    De l'eau coulait à présent au sommet de sa tête totalement rasée, il entendait quelques bruits indistincts, des bruits mécaniques, et des pas, mais toujours rien de visible, sa vision était plongée dans les ténèbres depuis quelques minutes, et il perçevait encore quelques paroles saccadés qu'il comprenait à moitié mais déplorait de ne pas voir ce qui se passait autour de lui.
    Cette sorte de sentiment d'incertitude avant quelque chose de néfaste l'envahissait, une crainte de nocuité soudaine, comme ce que ressent un gosse sous silence se cachant d'une punition. Il se rappellait vaguement avoir aperçu quelques visages avant que voile noir opaque lui voile les pupilles, même pas une seconde, mais cela lui avait suffit pour comprendre ce qu'il y avait à comprendre, à travers la vitre. Un regard, celui d'un homme brun qui lui disait quelque chose l'avait frappé, il ne savait pas trop, il ressemblait à quelqu'un qu'il avait connu pendant très longtemps. Un ex peut-être. Où était-il, là, maintenant ?

    Le bruit s'était tû pour de bon, il n'entendait plus que les battements sourd de son coeur qui semblaient déjà ralentir. Il sentait toujours ce bois implacable et puis ces lanières accompagnés d'un métal froid qui lui seraient la peau, mais il essayait de se souvenir, ne prêtait plus attention à l'atmosphère, rejetait jusqu'au "Amen" qu'il venait d'entendre en sourdine. Et puis plus rien, juste un silence morne.

Allez en paix...

    A l'instant où il entendit la poignée se rabattre violemment, il se souvint de tout. Non... ce n'était vraiment pas le moment.

    Le courant électrique avait démarré sa galopade folle dans les cables qui reliaient le générateur à la chaise. Un choc brusque, une perte d'espoir soudaine, les électrons parcouraient irrépressiblement son corps décharné. L'homme avait l'impression d'être foudroyé par des éclairs, les spasmes inexorables l'agitaient, sa machoire tremblait jusqu'à prononcer quelques brefs derniers sons, en l'attente du dénouement fatal. Un soupir fatidique s'estompait dans l'air absent, son coeur s'était brisé net. Le cycle était rompu.
    L'instant d'après, son corps n'était plus qu'une simple carcasse dénuée d'humanité.

    Le gardien coupa le courant.
    - Détenu 1248, soumis à la peine capitale, exécuté. Heure du décès... 16h31.

Mardi 2 septembre 2008

Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus